Cela fait bien longtemps que je n'ai rien posté ici, par manque de temps... Mais après la lecture de ce roman je ne pouvais que revenir pour le partager.

 

hate list

L'histoire

Nick Levil, un adolescent, a ouvert le feu dans son lycée, tuant ou blessant plusieurs personnes. Parmi ses victimes, Valérie, sa petite amie, qui se remettra de sa blessure à la jambe mais gardera bien d'autres séquelles. En effet, Nick n'a pas tiré au hasard : il a visé les personnes que Valérie avait inscrites sur sa "liste de la haine", toutes ces personnes qui la malmenaient et qu'elle avait dit vouloir voir disparaître, sans se douter un seul instant que Nick la prendrait au mot.

Cinq mois après la tuerie, Valérie revient dans son lycée, mais rien ne sera plus jamais comme avant : beaucoup d'élèves la pensent coupable, et elle-même n'est plus très sure de savoir qui elle est.

 

Les premières lignes

(je choisis volontairement de commencer par la vie de Valérie et non par l'extrait du journal, moins représentatif je pense de l'ensemble)

"L'alarme de mon réveil venait de sonner pour la troisième fois quand ma mère s'est mise à marteler ma porte pour que je sorte de mon lit. Jusqu'ici, rien de spécial. Sauf que ce matin-là, c'était différent. C'était le jour où j'étais censée meressaisir etreprendre ma vie en main. Mais chez les mères, les vieilles habitudes ont la vie dure : il suffit que l'alarme à répétition de votre réveil ne marche pas pour qu'elles hurlent et frappent, quelle que soit la journée qui vous attend.

Peu à peu j'ai reconnu ce léger tremblement qu'elle a si souvent dans la voix depuis quelque temps. Ce tremblement qui signifie qu'elle ne sait plus si c'est parce que je suis difficile ou si elle ferait mieux d'appeler le numéro d'urgence, 911."

 

Mon avis

Étant donné le sujet, je m'attendais à un livre fort, et c'est le cas. C'est vraiment un roman poignant sans pour autant verser dans le pathos et le sanglant. Nous suivons le parcours d'une adolescente qui a vu sa vie prendre un tournant radical. Certes, tout n'était pas parfait : elle n'était pas très aimée au lycée (on peut même parler de harcèlement) et ses parents ne s'entendaient plus depuis longtemps. Mais elle avait sa bande d'amis, son petit frère, et surtout son petit ami, Nick, avec qui elle se sentait comprise et heureuse. D'ailleurs, Nick était aussi pris pour cible par certains élèves mais leur amour semblait plus fort que tout. Pour se défouler, Valérie a inventé la liste de la haine : dans un carnet, elle note ce qu'elle déteste, aussi bien l'algèbre et la laque que les élèves qui lui font des réflexions désobligeantes sans arrêt. Mais Valérie ne se rend pas compte que petit à petit, Nick prend les choses plus au sérieux, jusqu'à venir au lycée avec une arme.

La question de la responsabilité se pose évidemment : Nick est-il le seul responsable, puisque le seul à avoir appuyé sur la gachette ? Valérie est soupçonnée aussi, en tant que petite amie du tueur et surtout à cause de ses écrits : sms, mails, et ce fameux carnet. Comment a-t-elle pu être aveugle à ce point et ne pas voir que Nick ne voyait plus cela comme un jeu ? J'ai regretté que les "harceleurs" de Nick et Valérie ne manifestent pas plus de regret, puisque c'est en réponse à leurs agissements que Nick change.

La vie entière de Valérie est bouleversée, ses relations avec sa famille aussi : son père ne digère pas d'avoir vu son nom sur la "hate list", sa mère craint que Valérie ne soit dangereuse pour elle-même et pour les autres, son petit frère est relégué au second plan. Le docteur Hieler, son psychologue, est sa seule bouée de sauvetage dans ce monde désormais hostile.

Au-delà de l'héroïne, on découvre peu à peu les autres personnages du lycée : élèves, professeurs, personne n'a réellement été épargné par la tuerie. Le roman dénonce aussi le rôle des médias, qui diffusent à tort et à travers tout en interprétant les choses à leur façon.

J'ai eu l'impression d'un roman plutôt juste, même si je ne peux qu'imaginer cette situation. Il invite à réfléchir à l'idée de responsabilité mais aussi aux conséquences de nos actes : une foule de petites choses finissent par aboutir à un drame, mais cela aurait facilement pu être évité. Malheureusement, c'est ce qu'on dit toujours trop tard. Or les tueries dans les écoles ne sont pas si rares aux États-Unis, de même que les suicides d'adolescents dans tous les pays. C'est pourquoi il serait bon de faire lire ce roman à certains ados, pas avant un certain âge quand même car ce n'est pas facile à lire, je dirais à partir de la 4e ou 3e, et de réfléchir avec eux sur ce thème.