Vous l'aurez remarqué, je ne cherche pas forcément à chroniquer LE dernier livre sorti (même si ça m'apporterait sans doute plus de visites) et donc encore une fois, c'est un roman sorti en 2011 qui m'a fait de l'oeil cette fois-ci, au CDI du collège.

terrienne

 

L'histoire

Pour rechercher sa soeur disparue un an plus tôt, Anne (17 ans) doit se rendre à Campagne, un endroit mystérieux accessible seulement par un passage sur une nationale.

Au premier abord, le monde de Campagne ressemble au nôtre, mais il existe quand même une différence fondamentale : les habitant de ce pays ne respirent pas. La jeune fille est prévenue dès son arrivée : elle doit cacher sa respiration pour survivre de ce côté : ne pas souffler, soupirer, tousser, rire,...

Dans ce monde en apparence parfait mais hostile pour la Terrienne qu'est Anne, l'adolescente devra trouver des alliés pour retrouver sa soeur et peut-être, elle l'espère, la ramener sur Terre.

 

Les premières lignes

"Étienne Virgil n'allait pas bien quand il fit la rencontre, au début de l'automne, de cette jeune fille qui s'appelait Anne Collodi.

Elle tendait le pouce sur la route départementale 8 entre Saint-Étienne et Montbrison, dans ce secteur qu'on nomme ici la Plaine. Plus loin, vers l'ouest, il y a les monts du Forez. S'il fait beau, on les voit devant soi, à l'horizon, vert sombre et bleutés, et on se dit forcément qu'on devrait y aller, que ça a l'air très beau. Mais ce matin-là, on ne les voyait pas, le ciel était gris et bas. Il bruinait."

 

Mon avis

Encore un livre que j'ai eu du mal à lâcher une fois commencé. J'aime de plus en plus le genre de la dystopie et j'aime analyser les différents mondes imaginés par les auteurs.

L'histoire en elle-même est relativement simple : Anne cherche sa soeur, elle sait qu'elle est à Campagne et va tout faire pour trouver des indices petit à petit. Sur sa route, la foule anonyme des "ennemis" : presque tous les habitants de Campagne, et quelques amis : le vieux monsieur qui la prend en stop au début du roman, la guichetière de l'hôtel, et quelques autres (je ne peux pas tout raconter ici non plus).

Comme je l'ai dit, ce que je préfère avec ce genre de lecture (en-dehors du plaisir de lire, de se détendre, c'est une lecture-sans-prise-de-tête), c'est de voir dans quel monde l'auteur nous emmène, ce qui y est différent, mieux, moins bien,... et je trouve l'idée de départ intéressante : il n'y a aucun souffle vital dans ce monde. Ça n'a l'air de rien, mais ça change beaucoup de choses : déjà, il n'y a jamais de vent, tout ce qui n'est pas déplacé par l'homme est immobile. Les traces de pas dans le sable ne s'effacent jamais par exemple, et les cendres d'Estrellas rendent l'air irrespirable (ce qui n'est pas un problème pour les locaux, donc).

Ensuite, aucun animal n'existe et la nature même est très réduite : des déserts, un parc sans doute artificiel, des roches. Cela implique aussi l'absence de microbes, virus et donc maladies. C'est la raison principale pour laquelle les habitants de Campagne ont peur des humains : ils sont persuadés qu'ils vont être contaminés par leur souffle vicié (on retrouve l'idée de la propagande de masse, des légendes inventées et entretenues).

Finalement, tout ce qui nous rend humains et vulnérables disparaît, ce qui fait qu'on a l'impression que les personnages sont à mi-chemin entre l'humain et le robot. Aucun sentiment n'existe, personne ne souffre, personne ne doute. Les vies sont très bien réglées par l'informatique, depuis le métier de chacun jusqu'à la formation des couples, aucune erreur possible. Inutile de dire que les dirigeants de ce monde n'ont aucune peine à maintenir l'ordre. Il n'existe que 2 façons de mourir à Campagne : être pris en faute grave et tué, ou "s'asseoir", mourir d'ennui. Du moins, pour les natifs du lieu, car pour Anne, c'est une autre histoire.

La vie perd toute saveur dans un monde aseptysé, même la nourriture est insipide. Ce roman invite aussi à savourer ce qu'on a sur Terre, que ce soit le vent, la nature, les animaux, les sentiments, et même la pluie, la saleté, les imperfections.