Non, non, rassurez-vous, vous n'avez pas loupé 151 ateliers d'écriture sur mon blog, c'est juste moi qui me décide à commencer maintenant.

Ça fait un moment que je lis les participations de Stephie, de Fanny et d'autres aussi au hasard des liens, sans oser me lancer, et puis cette semaine, j'ai vu la photo, j'ai tout de suite pensé à une histoire et... je n'ai pas dormi de la nuit, affinant peu à peu ce texte dans mon lit. Il a donc bien fallu que je me débarrasse de cette histoire en l'écrivant !

C'est la 1ère fois que j'écris pour un public adulte, ça n'a aucune valeur littéraire, mais c'est un exercice à la fois sympa, intéressant, et terriblement libérateur.

Pour voir les autres histoires et suivre cet atelier de semaine en semaine (une nouvelle photo le mardi ou mercredi, les textes le lundi), c'est chez Leiloona que ça se passe, sur son blog Bricabook (lien de l'atelier de cette semaine).

 

Voici l'image qui devait inspirer les textes cette semaine (et qui m'a donc valu une nuit presque blanche), une photo de Julien Ribot

 

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Notre arbre

Comme chaque fois que je rentre à la maison, mon regard se pose sur l’un des arbres du trottoir d’en face. Je ne sais pas pourquoi, ce soir, je traverse, m’en approche et les souvenirs affluent.

Je me rappelle le jour où nous avons acheté cette maison, c’était tout au début de notre histoire. Nous étions jeunes et beaux, un peu rêveurs aussi. Tu as sorti ton couteau suisse et tu as gravé nos initiales sur l’arbre juste en face, c’était à la fois romantique et ridicule. Tu as pris ton air le plus sérieux pour me dire : « Tant que nous verrons cette empreinte depuis la fenêtre du salon, nous nous aimerons ». Je ne voulais que te croire. Nous ne pouvions pas deviner que tu te trompais.

Au départ, pourtant, ça a fonctionné. Ces deux lettres dans l’écorce avaient presque un pouvoir magique. Après notre première vraie dispute, dont nous avons tous deux oublié la cause depuis longtemps, tu m’as attendue devant notre arbre avec un bouquet de fleurs. Par la suite, c’est toujours sur ce trottoir ou derrière la fenêtre que nous enterrions la hache de guerre. Mais tout ça ne veut plus rien dire pour toi.

Ce soir, je n’ai pas envie de retraverser la rue et de retrouver notre maison vide, où chaque pièce me rappelle mille épisodes heureux de notre vie que toi, tu as oubliés. Je veux seulement rester quelques minutes dans cette bulle de nostalgie que je me crée. Il ne faut pourtant pas que je traine trop ou je serai en retard pour aller chercher les enfants.

Lorsqu’ils sont nés, tu es venu ajouter le T, puis le M, sous nos deux lettres. C’était bien avant que d’autres jeunes couples ne viennent apposer leurs marques, notre famille était seule sur ce bouleau. Beaucoup d’autres nous ont imités depuis, mais malgré les nombreuses entailles dans l’écorce, je repère toujours au premier coup d’œil les quelques centimètres carrés qui symbolisent l’union de notre famille. Tu disais que nous resterions soudés tous les quatre, tant que nous serions en vie, tout comme ces entailles resteraient tant que l’arbre serait debout. Là encore, je te croyais. Là encore, je me trompais.

Cela fait maintenant une semaine que tu n’es plus à la maison, mais en réalité cela fait des mois que notre arbre ne veut plus rien dire pour toi. Des mois que tu passes devant sans lui accorder le moindre regard, que tu erres d’une pièce à l’autre de la maison sans t’arrêter à la fenêtre du salon. Des mois aussi que l’on ne s’est pas embrassés, que tu ne m’as pas accordé le regard tendre qui me faisait fondre dès qu’il se posait sur moi.

Au début, j’ai cru que nous pourrions surmonter cela ensemble, que je pourrais t’aider. Une fois de plus, je faisais erreur. Tu t’es éloigné imperceptiblement et le temps que je réalise, il y avait déjà tellement de distance entre nous. J’ai accepté ton indifférence, la rudesse de tes remarques, on s’était mariés pour la vie, je sais bien qu’après avoir vécu le meilleur il ne reste que le pire.

Mais la semaine dernière, j’ai dû me rendre à l’évidence : nous ne pouvions pas continuer comme ça, je ne pouvais plus assumer toute seule. En partant, j’ai voulu essayer une chose un peu folle, j’ai posé ta main sur l’écorce, sur nos initiales… évidemment ça n’a rien changé. Rien ne pourra plus rallumer cette étincelle dans tes yeux vides. Alors que les miens se remplissaient de larmes, je t’ai aidé à monter dans la voiture.

L’heure tourne, je dois partir. Je passe la main sur mon visage et remets en place mes cheveux blanchis, le temps de revenir à la réalité. Les enfants ont promis de venir nous voir tous les week end, je vais aller les chercher à la gare, leurs trains arrivent presque au même moment. Nous viendrons te voir demain après le déjeuner et nous discuterons, entretenant l’illusion d’être une famille. Marion te parlera de ses études et Timothée te montrera des photos de son fils. Nous ferons semblant d’oublier ton regard surpris à notre arrivée, semblant de croire que te dire qui nous sommes a suffi à faire revenir ta mémoire, semblant de penser que tu n’auras pas tout oublié de notre visite dans les quelques minutes qui suivront. Et nous reviendrons le week end prochain, et tous les suivants, parce que malgré tout, comme ces initiales sur notre arbre, notre famille restera soudée, même si tu n’en as pas le moindre souvenir.

Pour lire les autres textes (pas moins de 38 personnes ont été inspirées !), rendez-vous sur l'article de Bric a book : KLIK !