Quelques bouts de pages

14 juin 2016

Juste avant le bonheur, Agnès Ledig

Ce roman a été le premier lu après un long passage à vide, en décembre dernier. Il est donc logique que je reprenne mon blog avec lui... D'autant plus que ce serait dommage de ne pas en parler.

Je ne connaissais pas du tout l'auteur mais c'est Stephie qui m'a envoyé le livre et j'ai une confiance aveugle en ses choix, j'ai donc décidé de tenter de reprendre la lecture.

Juste-avant-le-bonheur

L'histoire

Julie a 20 ans, un emploi de caissière dans un supermarché et surtout un petit garçon de presque 3 ans, Ludovic,l'amour de sa vie. Pour lui, elle supporte ses collègues vachardes, son patron abusif, son quotidien pas toujours facile de toute jeune maman qui a du mal à boucler les fins de mois.

Paul, lui, se retrouve seul à 51 ans : sa femme est partie. Le voilà donc à devoir faire les courses lui-même, et c'est comme cela qu'il rencontre Julie, dont la fragilité l'émeut. Sur un coup de tête, il invite Julie et Lulu à se joindre à lui pour un séjour en Bretagne. Cela n'est pas sans déplaire à Jérome, son fils, mais peu importe.

Des vacances au bord de la mer pendant lesquelles les personnages vont se découvrir, essayer de panser leurs blessures respectives, tant bien que mal, profiter de la douceur de la plage, jusqu'au moment du départ...

 

 

Les premières lignes

"Elle en a vu d'autres, Julie.

Elle aurait pu s'opposer, prendre le risque, perdre son travail, mais garder sa dignité.

Quelle dignité ?

Ça fait belle lurette que ce petit bout de femme l'a perdue. Quand c'est une question de survie, on range au placard les grands idéaux qu'on s'était fabriqués gamine. Et on encaisse, on se tait, on laisse dire, on subit."

 

Mon avis

Stephie me l'avait dit en m'offrant le livre : "je te préviens, tu vas pleurer, mais ça fait du bien, aussi". Bon, soit. Pleurer, je ne faisais que ça depuis un mois, je n'étais plus à ça près.

Au début, je me suis dit quand même, elle exagère Steph. Je suis sensible, il est question de deuil, de rupture, mais bon, on ne s'y attarde pas trop, ça va. Je le trouvais même plutôt drôle ce livre, notamment les dialogues, avec toutes ces petits phrases marrantes.

Et puis bon, la claque. Ne jamais remettre en cause ce principe : Stephie a toujours raison. En plus, elle ne pouvait pas le prévoir, mais tellement de points communs, jusqu'à certains gestes, certaines circonstances, l'heure à une minute près (pas de déduction hâtive, mon histoire n'est pas celle des personnages cependant).

Je ne veux pas trop en dire, c'est difficile de parler de ce livre sans en dévoiler trop sur son histoire, je m'arrête donc là. Vous pouvez aussi lire l'avis de celle qui fut à l'origine de ma reprise de la lecture, sur le blog de ses frasques (clic). Elle parle d'un roman qui donne le sourire, je cherche encore le mien, mais je pense que ce livre est de ceux que je relirai, un jour, quand je serai capable d'en entendre la fin.

Merci encore à toi pour cette découverte ;)

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Posté par Souricette59 à 00:13 - - Commentaires [4] - Permalien [#]


27 mars 2016

Une phrase, un texte ! #6 : tuer Alexandre

Après quelques semaines de non-inspiration (et surtout trop peu de temps, d'envie,...), la phrase de cette semaine m'a donné envie de m'y remettre. Je rejoins donc avec plaisir l'atelier de Fanny !

Toujours aussi peu de temps donc c'est un texte très imparfait, écrit très vite, et on sera sans doute plusieurs à avoir eu le même genre d'idée, mais tant pis.

Fanny nous propose cette semaine une phrase tirée de Lorenzaccio de Musset, une partie d’une réplique de Lorenzo de Médicis :

« Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux-tu donc que je m’empoisonne, ou que je saute dans l’Arno ? »

 

 

Pour lire les textes des autres participants, les liens sont chez Fanny, comme toujours :)

 

Voici donc mon texte !

 

Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux-tu donc que je m’empoisonne, ou que je saute dans l’Arno ?

C’est bien simple, je ne le supporte plus ! Veux-tu que j’aille courir sur l’autoroute, ou que je saute par la fenêtre ? Chaque fois que je passe la porte d’entrée, je ne vois que lui. Il est toujours là, comme à m’attendre, dans un coin du salon. C’est sûr, il ne me fait jamais la moindre remarque, mais je vois bien sa désapprobation à sa manière de me fixer. Quoi que je fasse, ce n’est jamais assez bien. Si je rentre trop tôt, je semble le déranger. S’il est un peu plus tard, il a l’air de se demander où je suis allée trainer. Et si je reste à la maison, je sens bien qu'il me juge. Non vraiment, je vais devenir folle !

Et puis, regarde toi-même, il prend ses aises ! On ne pourra bientôt plus s’asseoir sur le canapé tant il s’étale. Il en met partout ! Des feuilles et encore des feuilles, on se demande ce qu’il a tant à écrire pour en avoir besoin d’une telle quantité.

Alors je sais, c’est moi qui l’ai invité à venir à la maison. Ça ne t’a pas franchement emballé, sa tête ne te revenait pas, tu en avais même presque peur. Mais je ne pouvais pas le laisser passer la nuit dehors, quand même. Qu’est-ce qui aurait pu lui arriver ? Il faisait si froid. Un peu de générosité, de solidarité, quand même. C’est ce que je suis censée t’inculquer, non ? Oui, ça semble contradictoire avec ma position présente, eh bien considère que c’est comme si je t’avais écouté ce soir-là. Voilà, si je l’avais laissé dehors, avec la tempête, il serait probablement mort de froid. Je lui ai offert un sursis, mais ça ne peut plus durer. Non, je ne lacherai pas ce couteau.

Ah non, tu ne vas pas te mettre à pleurer maintenant. Allez, Maman te préparera un super goûter après, tu veux une glace ? Bon écoute mon chéri, ça suffit, je dois le faire. Et puis ce n’est pas parce que tu as décidé de lui donner un prénom qu’il est différent des autres plantes. Tu vois bien que le lierre ça grimpe partout, il va envahir la pièce ! Je ne peux plus le voir, ce tas de feuilles qui étend ses branches partout.

Posté par Souricette59 à 10:45 - Commentaires [4] - Permalien [#]

14 février 2016

Une phrase, un texte ! #1 : le rejoindre

Voilà bien longtemps que je n'ai pas posté par ici, pourtant je lis, un peu. Mais le tout nouvel atelier de Fanny ne pouvait me laisser indifférente, surtout avec cette phrase d'accroche.

Elle a donc décidé de lancer un nouvel atelier d'écriture, un peu différent de celui de Leiloona qui nous fait écrire à partir d'une photo. Cette fois, c'est à partir d'une phrase que nous imaginons nos textes. Pour les informations complètes, il faut aller chez Fanny, clic !

 

Pour cette première édition, elle a choisi les premières phrases du prologue de Pardonnable, impardonnable de Valérie Tong Cuong :

"Elle se retourne, sourit, inspire avec lenteur pour souligner l’importance de l’entreprise. Se remet en position, tête inclinée. Prête à partir.

Et puis non."

Ce sont donc les premières phrases de mon texte (et si j'ai bien compris, les premières phrases de chaque texte écrit pour l'atelier, à moins que certains aient choisi de les mettre au milieu ou à la fin).

 

Pour accéder à l'ensemble des écrits de l'atelier, Fanny a centralisé les liens ici : clic !

 

Voici le mien, encore plus joyeux qu'à l'ordinaire, mais promis, ce sera le seul sur ce thème. Je ne pouvais faire autrement avec cette citation, et en ce jour de Saint-Valentin.

 

Elle se retourne, sourit, inspire avec lenteur pour souligner l'importance de l'entreprise. Se remet en position, tête inclinée. Prête à partir.
Et puis non.
Elle sait qu'elle n'ira pas le rejoindre. Pourtant, chaque fois qu'un train passe, elle y songe. Quand elle roule sur la voie rapide, elle sait qu'il suffirait d'accélérer, juste un peu, et sur le volant ses mains se serrent. Son cœur aussi. Elle aimerait tant pouvoir courir jusqu'à lui et qu'il la prenne dans ses bras, une dernière fois. Et des centaines d'autres dernières fois. Retrouver cette impression que rien ne pourra jamais leur arriver, qu'à deux ils sont plus forts que tout.

Mais leur histoire est bel et bien finie, il ne lui reste qu'à l'accepter. Il ne reviendra pas. Huit ans et demi de sa vie balayés d'un revers de main, inéluctablement. Personne ne lui a demandé son avis. Impuissante, elle a vu toute son existence réduite à néant du jour au lendemain.

Toute ? Pas tout à fait. D'ailleurs, il est 16h25, elle doit se dépêcher pour arriver à l'heure à l'école. De retour au présent, elle essuie ses yeux qu'elle ne prend plus la peine de maquiller, enjambe le pont dans l'autre sens et se remet en route. Elle savait très bien qu'elle ne sauterait pas, elle n'en a pas le droit parce qu'un petit garçon l'attend.

Leur petit garçon. Celui qu'ils devaient voir et faire grandir ensemble, celui à qui ils ont eu tout juste le temps de fabriquer un petit frère ou une petite sœur. Qui grandit en elle. Qui ne saura jamais ce que le mot « Papa » veut dire. Celui pour qui elle doit continuer, parce qu'en devenant Maman elle a renoncé au droit d'abandonner. Celui qui explique en souriant, chaque fois qu'un étranger lui pose une question, que son Papa fait du toboggan dans les nuages. Celui qui, du haut de ses trois ans, fait le clown sans arrêt pour voir de nouveau sourire sa Maman. Celui qu'elle va rejoindre et serrer dans ses bras, pour deux.

Posté par Souricette59 à 09:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]

13 septembre 2015

Hate List, Jennifer Brown

Cela fait bien longtemps que je n'ai rien posté ici, par manque de temps... Mais après la lecture de ce roman je ne pouvais que revenir pour le partager.

 

hate list

L'histoire

Nick Levil, un adolescent, a ouvert le feu dans son lycée, tuant ou blessant plusieurs personnes. Parmi ses victimes, Valérie, sa petite amie, qui se remettra de sa blessure à la jambe mais gardera bien d'autres séquelles. En effet, Nick n'a pas tiré au hasard : il a visé les personnes que Valérie avait inscrites sur sa "liste de la haine", toutes ces personnes qui la malmenaient et qu'elle avait dit vouloir voir disparaître, sans se douter un seul instant que Nick la prendrait au mot.

Cinq mois après la tuerie, Valérie revient dans son lycée, mais rien ne sera plus jamais comme avant : beaucoup d'élèves la pensent coupable, et elle-même n'est plus très sure de savoir qui elle est.

 

Les premières lignes

(je choisis volontairement de commencer par la vie de Valérie et non par l'extrait du journal, moins représentatif je pense de l'ensemble)

"L'alarme de mon réveil venait de sonner pour la troisième fois quand ma mère s'est mise à marteler ma porte pour que je sorte de mon lit. Jusqu'ici, rien de spécial. Sauf que ce matin-là, c'était différent. C'était le jour où j'étais censée meressaisir etreprendre ma vie en main. Mais chez les mères, les vieilles habitudes ont la vie dure : il suffit que l'alarme à répétition de votre réveil ne marche pas pour qu'elles hurlent et frappent, quelle que soit la journée qui vous attend.

Peu à peu j'ai reconnu ce léger tremblement qu'elle a si souvent dans la voix depuis quelque temps. Ce tremblement qui signifie qu'elle ne sait plus si c'est parce que je suis difficile ou si elle ferait mieux d'appeler le numéro d'urgence, 911."

 

Mon avis

Étant donné le sujet, je m'attendais à un livre fort, et c'est le cas. C'est vraiment un roman poignant sans pour autant verser dans le pathos et le sanglant. Nous suivons le parcours d'une adolescente qui a vu sa vie prendre un tournant radical. Certes, tout n'était pas parfait : elle n'était pas très aimée au lycée (on peut même parler de harcèlement) et ses parents ne s'entendaient plus depuis longtemps. Mais elle avait sa bande d'amis, son petit frère, et surtout son petit ami, Nick, avec qui elle se sentait comprise et heureuse. D'ailleurs, Nick était aussi pris pour cible par certains élèves mais leur amour semblait plus fort que tout. Pour se défouler, Valérie a inventé la liste de la haine : dans un carnet, elle note ce qu'elle déteste, aussi bien l'algèbre et la laque que les élèves qui lui font des réflexions désobligeantes sans arrêt. Mais Valérie ne se rend pas compte que petit à petit, Nick prend les choses plus au sérieux, jusqu'à venir au lycée avec une arme.

La question de la responsabilité se pose évidemment : Nick est-il le seul responsable, puisque le seul à avoir appuyé sur la gachette ? Valérie est soupçonnée aussi, en tant que petite amie du tueur et surtout à cause de ses écrits : sms, mails, et ce fameux carnet. Comment a-t-elle pu être aveugle à ce point et ne pas voir que Nick ne voyait plus cela comme un jeu ? J'ai regretté que les "harceleurs" de Nick et Valérie ne manifestent pas plus de regret, puisque c'est en réponse à leurs agissements que Nick change.

La vie entière de Valérie est bouleversée, ses relations avec sa famille aussi : son père ne digère pas d'avoir vu son nom sur la "hate list", sa mère craint que Valérie ne soit dangereuse pour elle-même et pour les autres, son petit frère est relégué au second plan. Le docteur Hieler, son psychologue, est sa seule bouée de sauvetage dans ce monde désormais hostile.

Au-delà de l'héroïne, on découvre peu à peu les autres personnages du lycée : élèves, professeurs, personne n'a réellement été épargné par la tuerie. Le roman dénonce aussi le rôle des médias, qui diffusent à tort et à travers tout en interprétant les choses à leur façon.

J'ai eu l'impression d'un roman plutôt juste, même si je ne peux qu'imaginer cette situation. Il invite à réfléchir à l'idée de responsabilité mais aussi aux conséquences de nos actes : une foule de petites choses finissent par aboutir à un drame, mais cela aurait facilement pu être évité. Malheureusement, c'est ce qu'on dit toujours trop tard. Or les tueries dans les écoles ne sont pas si rares aux États-Unis, de même que les suicides d'adolescents dans tous les pays. C'est pourquoi il serait bon de faire lire ce roman à certains ados, pas avant un certain âge quand même car ce n'est pas facile à lire, je dirais à partir de la 4e ou 3e, et de réfléchir avec eux sur ce thème.

Posté par Souricette59 à 15:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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27 avril 2015

Une photo, quelques mots - 173ème

Après une (longue) pause parce que pendant les cours je n'ai que peu de temps à moi, revoici les vacances et ma 3ème participation à l'atelier d'écriture de Bricabook, Une photo, quelques mots, 173ème édition :) (cliquez pour voir l'article avec le rappel des "règles" et la présentation de la photo)

Leiloona nous proposait encore une fois une photo de Julien Ribot qui ne pouvait m'inspirer autre chose que ce texte après avoir débuté la nouvelle série "Disparue" mercredi dernier. Pas très original, donc, mais je n'ai pas réussi à m'enlever cette idée de la tête !

 

image 3

 

 

Disparition

3 jours. Cela fait plus 3 jours qu’elle a disparu. 76 heures sans dormir, sans manger, presque sans respirer. Les heures les plus longues de ma vie.

Inlassablement, je parcours les allées du parc où elle a été vue pour la dernière fois. L’angoisse au creux de l’estomac qui pèse et paralyse comme le boulet des forçats. La peur qui glace le sang et brouille la vue. Le téléphone portable greffé à la main, qui finira forcément par apporter la mauvaise nouvelle.

Parce que c’est sûr, la nouvelle sera mauvaise. Ça fait déjà 78 heures que cette attente interminable a débuté. Mais pourquoi a-t-elle voulu traverser ce parc à 1h du matin ? Qu’est-ce qui lui est passé par la tête ? Et pourquoi ses amis ne l’ont pas accompagnée ? Et pourquoi ils ne la retrouvent pas ?

J’entends au loin les cris des policiers et des volontaires qui la cherchent. Ils ont déjà fouillé cette partie du parc où je me trouve, mais je préfère fuir l’agitation. Et puis, on ne sait jamais… Je scrute du regard les fourrés, les buissons. Je sonde la surface de l’eau si calme qui me renvoie ma propre agitation par contraste.

Je suis déjà passé ici, en fait je suis déjà passé partout, depuis 3 jours que je parcours ce parc sans relâche. À bout de forces, mais incapable de faire autre chose. Comme les autres, je fais semblant de croire qu’il y a encore un espoir de la retrouver vivante. Les allées, les pelouses, les berges du canal, j’ai examiné tous les recoins à la recherche du moindre indice. J’ai dû laisser mes empreintes de pas dans chaque mètre carré de ce foutu parc.

Je quitte le chemin pour m’enfoncer sous un bouquet d’arbres, et soudain mon cœur s’arrête, mon sang se fige. Là, juste devant moi, la terre a été retournée. Là où hier il y avait un massif de fleurs tout juste plantées, s’ouvre un trou béant. Ils l’ont retrouvée. Aucun doute possible, c’est bien là que j’ai enterré son corps, il y a 79 heures. Les heures les plus longues de ma vie. Mais tout est fini.

 

 

 

Et pour voir les autres textes de l'atelier, rendez-vous chez Bricabook !